Tiphaine Descamps


Je fais coexister mon histoire familiale liée à l’industrie textile du Nord et le passé agricole de la Beauce, région dans laquelle j’ai mon atelier depuis 20 ans.

Je déconstruis d’anciens sacs de céréales en toile de jute pour comprendre la structure du sac, et ainsi à travers ce processus, c’est ma propre structure que je trouve.

Issus d’une lignée de filateurs, je récupère à ma façon ce lien avec le textile en l’utilisant différemment, de manière légère, artistique et poétique.
J’utilise l’existant, je le transforme  et pour finir je m’en sers comme d’un médium. La peinture est devenue trame de toile de jute.

Avec ma descendance d’industriels textile, mon nom de naissance et le fait d’avoir épousé un nom de tissus Descamps, la voie toute tracée aurait été de travailler en tant qu’acheteuse dans le groupe Mulliez !

Mais je trouve plus subversif de jouer avec la trame du tissu pour interroger mes ancêtres et approcher ce matériau avec une vision plus créative et esthétique.

Au départ, la trame de la toile de jute est très serrée et petit à petit, je tire sur les fils pour n’en retenir qu’un petit nombre. Avec cette idée de déconstruire et de ne garder que l’essentiel dans un esprit « less is more ».

Le résultat est une sorte de quadrillage à l’apparence de traits, comme une trace, juste pour la beauté de la matière et de la couleur.

Les carrés de Vie sont des paysages rencontrés qui laissent apparaitre sur la toile une nature apprivoisée.

Les horizons, les traces et les matières sont issus de mon vécu et de mes environnements familiers, la baie de Sommes, l’ile d’Yeu, la Beauce, le Maroc.
Les arbres, les plaines, la mer, les lignes sinueuses des valons et des côtes se réduisent à de simples figures géométriques structurées, toujours dans cette expression minimaliste.

Cette recherche de structure vient aussi de mon histoire personnelle.

Tout le monde rêve d’avoir des parents soixante huitards, et bien moi je les ai eu !
C’était rigolo et fun,
et en même temps j’ai manqué de cadre dans mon enfance.

De ce fait je recherche la géométrie et la structure partout !

Ce besoin irrépressible de routines, de rythmes, de répétitions et de récurrences s’impose dans mon travail pictural à travers les lignes, les formes, les espaces simples et structurés.
 
                                                                                                   
                           « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche » Soulages